Quelques compositeurs Érard

brève histoire très lacunaire

par fanderard

Les pianos ont vraisemblablement influencé le style des œuvres. Entendre Pizzicati de Léo Delibes sur un piano moderne n'évoque que de façon très lointaine les piz des instruments à cordes, alors que sur un Érard à cordes parallèles la similitude de sonorité est saisissante. Un exégète commentant une sonate pour piano, s'extasiait de l'intervalle limité au la7 alors qu'on s'attendrait à un si7... qui n'existait pas sur le piano de Ravel, un demi queue N°1 donc qui avait 85 notes... Connaître les instruments des compositeurs, qui ont choisi un Érard, est certes une confirmation de la qualité des Érard, mais aussi un élément de compréhension des contraintes que cela a induit dans leur esthétique.

Les sources exploitées sont diverses :

- essentiellement les livres des ventes de la Maison Érard quand l'achat est réalisé directement auprès d'Érard, toutefois les instruments acquis d'occasion ou par un intermédiaire (revendeur ou luthier) ne s'y trouvent pas. 
- d'autres pistes sont les témoignages iconographiques et écrits divers dont la correspondance, les mémoires.

Le recoupement de sources diverses est souvent indispensable. En effet les livres d'Érard contiennent peu d'informations, assez rarement une adresse qui doit être validée. Les biographies ou la généalogie procurent parfois les compléments nécessaires. Certains compositeurs moins connus ont été volontairement négligés. Quant aux livres en ligne, ils connaissent des discontinuités. Le lecteur de ces lignes voudra bien excuser les omissions par inattention, manque d'investigation ou les recherches non concluantes. Chacun est invité à signaler les lacunes ou inexactitudes figurant dans ce texte, sans oublier de mentionner les sources établissant les faits. Ce document n'est qu'une étape dans une élaboration collective.

Quelques informations supplémentaires ont été tirées de l'ouvrage que Jean Jude a consacré à « Pleyel 1757 – 1857 La passion d'un siècle... » 2008 ISBN 978-2-9531198-0-0 qui mentionne les compositeurs (signalés par*) ayant eu à la fois un Pleyel et un Érard

Pour plus d'informations sur les pianos, consulter les registres d'atelier Érard sur : http://archivesmusee.citedelamusique.fr/pleyel/archives.html

En guise d'introduction : Où il est question de deux compositeurs :

Il s'agit ci-après du transport du quart de queue que Duparc (cf infra) avait dans sa chambre et qu'il venait de remplacer par un droit, conservant son demi queue dans son salon. Ce quart de queue est un cadeau à Jean Cras compositeur plus connu par la règle qui traîne sur les tables à carte des marins.

Érard Londres

Johann Nepomuk Hummel (14 novembre 1778 – 17 novembre 1833) possédait le N°7

Ignaz Moscheles (23 mai 1794 – 10 mars 1870)

Félix Mendelssohn (3 février 1809 – 4 novembre 1847) 1832

Ludwig Schuncke (21 décembre 1810 – 7 décembre 1834)

Érard Paris

Joseph Haydn (31 mars 1732 – 31 mai 1809) : piano à queue en forme de clavecin ancien modèle orné numéro 28 vendu le 2 novembre 1800 à Haydn livré à Vienne.

Ludwig van Beethoven (Beethoffen) (17 décembre 1770 – 28 mars 1827): piano en forme de clavecin N°133 vendu le 8 août 1803 expédié à Vienne

Gaspare Spontini (14 novembre 1774 – 14 janvier 1851)

Friedrich Kalkbrenner* (7 novembre 1785 – 10 juin 1849) : on trouve à sa destination deux pianos carrés le premier acquis le 22 mai 1798 portant le numéro 3720, l'autre mentionné à la date du 22 novembre 1804 numéroté 6102

Adolphe Adam (24 juillet 1803 – 3 mai 1856): sa veuve habitant Saint Germain en Laye en date du 26 juin 1857 reçoit un piano à cordes obliques, au la, palissandre mouluré offert par madame Érard.

Louise Farrenc* (31 mai 1804 – 15 septembre 1875) : la rareté du patronyme permet de supposer que deux premiers pianos peuvent être reliés à la compositrice. On relève ce patronyme très rare en date du 16 février 1847 pour un piano droit à cordes obliques (au sol, finition acajou, décoration à perles et colonnettes torses) portant le numéro 19280. Ce piano sorti d'atelier en février 1847, livré le 16 février , fut repris le 11 mars de la même année. Il fut remplacé le 22 novembre 1847 par un piano à queue numéro 19913. Ce dernier est mentionné dans le registre d'atelier comme un piano à queue la-mi-la en acajou moucheté, renforcé de 6 barres, sorti en septembre 1847, livré le 22 novembre 1847. 
L'artiste, pour son usage personnel, achète le 23 février 1872 un piano droit numéro 44380 oblique modèle N°8 en palissandre. Il lui est accordé au soir de sa vie une réduction exceptionnelle de 50%. Elle fut un professeur au conservatoire, pianiste et compositrice de qualité plus connue de son temps que de nos jours.

Hector Berlioz (11 décembre 1803 – 8 mars 1869): auteur d'un conte sarcastique sur l'automatisme de la belle interprétation par un Érard, mais on relève dans le registre des ventes à la date du 6 novembre 1847 l'achat de madame Berlioz 41 rue de Provence à Paris d'un piano à queue petit format, palissandre au la, montage 5 barres, avec reprise d'un piano à queue 6 octaves et demi Cluseman, plus vraisemblablement Cluesmann Paris.
Selon le musée Hector Berlioz à La Côte-Saint-André, Isère, il a acquis un piano droit Erard pour ses nièces Joséphine et Nancy Suat en 1858 :

pianoBerliozPiano droit Erard - Acheté par Hector Berlioz pour ses nièces

 

Frédéric Chopin (1er mars 1810 – 17 octobre 1849) : il posséda plusieurs Pleyel et joua de nombreux Érard sans en réellement en posséder un. Son avis sur ces deux facteurs est intéressant : « Quand je suis mal disposé […], je joue sur un piano d'Érard et j'y trouve facilement un son tout fait ; mais, quand je me sens en verve et assez fort pour trouver mon propre son à moi, il me faut un piano de Pleyel » Jean-Jacques Eigeldinger Chopin et Pleyel Fayard (2010) p. 169 (ISBN 978-2213619224) 
Toutefois il conseillait à ses élèves d'en acquérir. Une lettre du compositeur amateur Daniel Heusler-Thurneysen (19 avril 1812 – 23 février 1874) atteste qu'il acquit en 1852 le grand piano de concert Érard sur les conseils de Chopin peu avant qu'il ne mourût. Cet instrument similaire à celui de Liszt fut joué en concert entre autres par Clara Wieck Schumann et par Johannes Brahms lors de leur passage à Bâle (Basel).

Franz Liszt (22 octobre 1811 – 31 juillet 1886): grand propagandiste d'Érard qu'il jouait en concert. Ses premiers concerts eurent lieu à Strasbourg les 3 et 6 décembre 1823 devant les frères Érard. Le 17 décembre 1824 un piano en forme de clavecin (2,40 m) numéro 12379 est envoyé « chez le jeune Liszt ». Il en fit acheter par son intermédiaire à certains de ces élèves comme le N° 13317 à la princesse Belgiojoso. Ce piano en forme de clavecin en bois de palissandre est un piano exceptionnel en « forme gothique ». Il a été vendu, le 14 mai 1835, à Mme la Princesse Belgiojoso, résidant place de la Madeleine. A titre personnel, Liszt en posséda plusieurs exemplaires un demi queue dans son appartement parisien et un grand de 2,55 m à Weimar. La fabrication de ce dernier terminée le 27 janvier 1852, il fut expédié le 10 août 1852. C'était un modèle H à 7 octaves numéro 23671 avec un sommier en bronze . Dans sa propriété de Weimar, il possédait plusieurs pianos de facteurs différents, dont un piano silencieux. On raconte qu'il faisait l'honneur à ses hôtes de quelques notes sur ses différents pianos pour terminer par une interprétation sur son Érard.
Steinway lui expédia deux pianos, le premier en 1873, puis le second en 1883. Ils n'eurent pas le droit d'entrer chez lui, il les offrit. En 1861 se retire à Rome où il rentre dans les ordres en 1865. Le 30 novembre 1865, il est fait état d'un piano droit N°8, finition palissandre numéro 37527 à cordes obliques finition palissandre livré le 5 janvier à monsieur Alexandre à Paris qui s'est occupé du transport.
Il faut noter que Liszt appréciait la facture marseillaise Boisselot (qui était au départ agent Érard à Marseille). Le compositeur a joué sur les pianos de Boisselot et s'est lié d'amitié à la famille du facteur.

Sigismund Thalberg (8 janvier 1812 - 27 avril 1871): le rival en virtuosité de Franz Liszt a activement participé à la diffusion des piano Érard lors de ses tournées. Quelques exemples relevés dans les registres des ventes :
Thalberg à Hambourg 7 avril 1847 piano à queue 19510 grand modèle au sol double filets de cuivre, 6 barres vendu au roi de Suède (note voir brouillon au 20 juillet 1847 feuillet 238 n'a pas abouti). 
Thalberg à Madrid, le 24 novembre 1847 deux grands (19772 et 19985) pour l'Espagne 
A nouveau le 5 juin 1855 à Rio de Janero vente de deux pianos N° 22608 et N° 26694. 
Pour Naples, le 4 mars 1856 des piano à queue 7 octaves, se trouvent mentionnés des pianos classés par transporteur d'une part deux 28076 et 28086, et, d'autre part quatre payés mais seuls sont mentionnés les N° 24522 et 27912. 
Plus de précisions sur l'identité du destinataire, le 7/12/1858 : S Thalbert à Naples un piano N°30942, oblique, N°9, 7 octaves palissandre. 
Puis le 18/10/1861 pour S Thalbert à Naples piano droit N°9 numéroté 34199 et piano à queue N°4 numéroté 333389 
Enfin le 20 octobre 1872 pour madame Thalberg à Naples (soit quelques mois après le décès de Sigismund à Naples) apparaît dans le registre des ventes pour un piano numéro 45389 à cordes obliques N°8 palissandre à colonnes à livrer chez madame Casters 31 avenue Joséphine à Paris avec reprise du piano numéro 32014 de madame Casters.

Richard Wagner (22 mai 1813 - 13 février 1883): il possédait un grand de 2,48 m conservé au Musée Richard Wagner de Lucerne. A la date 19 août 1858, le livre des ventes mentionne un grand modèle acajou portant le numéro 30320 par madame Érard (le montant de la remise égale la valeur de l'instrument) destiné à monsieur Wagner à Zurich. C'est un modèle N°4 à 7 octaves, 2,48m de long, finition acajou.

Charles-Valentin Alkan (30 novembre 1813 – 29 mars 1888) : il disposait d'un grand piano de concert avec pédalier. Le 2 septembre 1863 achat d'un grand piano à queue N°4, 7 octaves, palissandre, numéro 36048, Alkan est qualifié « d'artiste » habitant 13 rue de la Croix du Roule à Paris.

AlkanspedalierLe piano pédalier d'Alkan, Musée de la Musique

 

Giuseppe Verdi (10 octobre 1813 - 27 janvier 1901): il possédait un grand de 2,48 m que l'on peut voir sur une gravure de sa bibliothèque. Après le retour à Paris des Verdi à l'Hôtel de Baden, il commande le 8 avril 1863, pour son usage personnel, lit- on dans le livre des ventes, un grand piano à queue numéro 33804, 7 octaves, modèle N°4, finition palissandre.

Charles Gounod (17 juin 1818 – 18 octobre 1893): il avait un Érard dans son cabinet de travail, sur une gravure le pupitre caractéristique est bien visible. 
Le 6 décembre 1878 est inscrit l'achat d'un piano N°2 en palissandre numéroté 52126 en échange d'un N°2 en acajou par monsieur Ch Gounod 17 rue de Larochefoucault à Paris.

Clara Wieck épouse Schumann* (13 septembre 1819, 20 mai 1896) dans un courrier demande pour son concert du 25 octobre 1963 à bénéficier du grand Érard de Daniel Heusler-Thurneysen et souhaite que malgré les habitudes de l'orchestre de jouer à un diapason plus bas entre 426 et 430 herzs.

Henri (Henry) Vieuxtemps (17 février 1820 – 6 juin 1881): au début de son séjour de 6 ans à la cour du tsar Nicolas I er, il commanda un piano à queue numéro 19074, 7 octaves du la au la, 6 barres, acajou à double filets de houx, expédié le 9 août 1846. Il se peut qu'il en ait possédé un autre à son retour, mais il conviendrait de valider l'adresse mentionnée dans le livre des ventes.

Pauline Viardot née Garcia* (18 juillet 1821 -15 mai 1910): pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur cette compositrice un site avec une superbe interprétation d'une mélodie accompagnée par un Érard :http://www.paroleetmusique.net/?page_id=1109 
Le 7 novembre 1848 Pauline Viardot, 16 rue de Douay, acquiert un piano droit à cordes obliques, petit modèle en palissandre à perles, balustres tournées, numéroté 20349, en échange d'une harpe numéro 1429. Le 12 janvier 1861, acquisition par madame Pauline Viardot Garcia, 48 rue de Douai, d'un piano à queue N°4, 7octaves, en palissandre uni, numéroté 32330. 
Le 15 janvier 1878 acquisition d'un piano à queue N°2 à filet numéroté 48801 en remplacement du même modèle déjà en palissandre numéroté 39869, celui-ci avait été expédié à Baden-Baden le 27 juillet 1867. Le 48801 est livré à l’hôtel des Viardot 50 rue de Douai à Paris. 
Le 29 janvier 1891 Achat par madame Viardot 243 boulevard Saint Germain à Paris d'un piano carré numéro 67214 5 octaves ¾ ; forme de bureau en noyer teinté ciré avec tiroirs de chaque côté et galerie au dessus. Un prix est fixé car Madame Viardot a refusé la gratuité. L'instrument est livré chez monsieur Alphonse Duvernoy, pianiste compositeur, 20 boulevard Malherbes à Paris qui a épousé Marianne Viardot auparavant fiancée à Gabriel Fauré. 
Le 28 décembre 1866, en échange du piano à queue N°1 palissandre, portant le numéro 70741 est vendu le modèle identique numéroté 74305 à madame Pauline Viardot 243 boulevard Saint Germain à Paris 
Le 20 janvier 1899 nouvel échange le 74305 cède la place au 78427 toujours un N°1 en palissandre.

César Franck* (10 décembre 1822 – 8 novembre 1890) : L'année de son entrée au conservatoire de Paris, le père de César Franck commande le19 août 1837 piano en forme de clavecin numéro 13941 à livrer au 22 rue Montholon à Paris, il est retourné le 26 septembre. A la place de ce piano sera donné le 26 septembre 1837 le numéro 13996, ce dernier sera remis le 8 octobre 1844. 
Le 11 octobre 1840, le registre des ventes mentionne un piano à queue, grand modèle au sol, finition acajou avec sommier de chevilles en cuivre portant le numéro 14852 pour M. Franck, artiste, 5 rue Monsigny à Paris (professeur M Hiller) 
Le registre des ventes témoigne que le 30 octobre 1844, Franck 15 rue La Bruyère à Paris a acquis d'occasion un piano à queue petit format au sol, finition acajou, numéro 14742 . C'est bien cette adresse que mentionne César Franck dans une lettre du 2 juin 1846 à Félix Mendelssohn. Un autre piano est mentionné le 14 octobre 1858 à destination de Franck à Paris, il est offert par Madame Érard, ce qui atteste de la qualité du destinataire. C'est un modèle carré numéro 15212 à double échappement, palissandre. 
Un piano à pédalier numéro de série 47588 a été inscrit à l'inventaire de Monuments Historiques car il a été acquis par Madame Godchaux Hulmann, artiste au 14 rue Wagram, à Paris afin qu'il soit joué par César Franck. L'appartement étant au cinquième étage, l'instrument a été remonté sur place par les compagnons de la Maison Érard. Si ce piano est sorti d'atelier en août 1847, il ne fut acquis et livré que le 12 juin 1906. Ce stockage de plus de 59 ans doit expliquer que la vente précise vendu en l'état. Il s'agit d'un modèle 3 Bis à 7 octaves, 2,60 m de long.

(Clément Philibert) Léo Delibes (21 février 1836 – 16 janvier 1891): achète le 13 octobre 1861 un piano droit, 7 octaves, N°11 acajou, numéroté 34257; il est indiqué « artiste » demeurant 64 rue du Château d'eau à Paris. Ultérieurement des pianos seront achetés par madame Léo Delibes.

Emmanuel Chabrier (18 janvier 1841 – 13 septembre 1894) eut plusieurs Érard. Pour 1873, deux écritures concernent deux pianos de Monsieur Chabrier, 23 rue Mosnier à Paris. Cette rue est aujourd'hui rebaptisée. Elle portait ce nom lorsque Manet la peignit dans deux tableaux célèbres : "Les paveurs" ou "De la rue avec drapeaux". Dans son éloge funèbre d'Emmanuel Chabrier, Vincent d'Indy évoque ses souvenirs du salon de la rue Mosnier. Il s'agit donc bien des pianos d'Emmanuel Chabrier. Le 7 mai 1873, c'est l'achat du numéro 51582 piano à queue, modèle N°1 en bois noir qui est échangé le 17 mai pour un modèle plus long, un N°2 numéroté 45483, d'après le livre des ventes mais dans le registre de fabrication, ce demi queue 51582 est mentionné repris le 4 janvier 1891 toujours au nom de madame Chabrier comme les autres pianos. 
Auparavant, on trouve dans le registre de fabrication le numéro 45483 décrit comme un N°1 avec un ajout repris le 19 mars 1878. Il y a donc une ambiguïté sur le modèle et les dates. Par contre, le suivi des numéros permet bien de rattacher ces pianos à Emmanuel Chabrier.

chabrierAutour du piano, tableau de Henri Latour, détail, 1885
Chabrier au piano (qui semble être un Pleyel)

 

Jules Massenet (15 mai 1842 – 13 août 1912) eut au moins un piano Érard.

Charles-Marie Widor (21 février 1844 – 12mars 1937) noté « Vidor » organiste à Lyon: piano à queue numéro 19075, 7 octaves du la au la, 6 barres, palissandre double filets de cuivre expédié le 8 ou 10 septembre 1846. Le 25 août 1866, piano droit numéro 38981, oblique, 7 octaves, modèle N°8 finition palissandre.

Ruggero Leoncavallo (23 avril 1857 - 9 août 1919): il a possédé un Érard de 1848 présenté dans cette vidéo :

On voit que ce modèle, à préciser, possède 5 barres.

Gabriel Fauré (12 mai 1845 – 4 novembre 1924) posait volontiers devant un piano Érard. Sous sa direction (1905-1920), le conservatoire en possédait de nombreux exemplaires de différents modèles, dont seuls deux subsistent rue de Madrid. Un Érard apparaît sur plusieurs portraits photographiques ou de peintre comme ceux d'Ernest Laurent. Il posséda au moins deux quarts de queue : l'un de 1895, l'autre de 1914. Le premier fut donné à une institution qui accueillait les blessés de guerre au château d'Arnouville. Une association s'occupe actuellement de sa restauration. 
Le 19 mars 1894 monsieur Fauré de l'Opéra, 52 boulevard Haussmann à Paris acquiert un piano à queue N°2, palissandre, remis à neuf portant le numéro 60066.

image003Fauré au piano, par Pierre Choumoff (1872–1936). Le pupitre indique un piano contruit entre 1900 et 1905


Henri Duparc (21 janvier 1848 – 12 février 1933) a possédé 3 Érard : un demi queue dans son salon, un quart de queue dans sa chambre (donné à Jean Cras « fils de mon âme » en 1906) et remplacé par un droit. 
Le 16 février 1882, le piano droit à cordes obliques modèle N°8, bois noir avec pédales à levier portant le numéro 55511 est vendu à monsieur H Duparc compositeur de musique demeurant 7 avenue de Villars à Paris.

Paul, Marie, Théodore, Vincent d'Indy* (27 mars 1851 – 2 décembre 1931) : Il semble bien que Vincent, qui a débuté fort jeune le piano avec sa grand mère jugée bonne pianiste, ait pu poser ses doigts très tôt sur un Érard numéro 18715. En effet, le registre des ventes à la date du 18 février 1846 mentionne un piano à queue numéro 18715, 6 barres, 7 octaves du la au la, en acajou moiré à Madame la comtesse d'Indy, (sa grand-tante, d'après le titre, sa grand mère ne portait pas encore ce titre à cette date) 50 rue de Grenelle à Paris (le nom du professeur est précisé : Koutsky). Vincent est né au 45 rue de Grenelle. Ce piano sorti de fabrication en janvier 1846 est livré le 18 février 1846 puis il fut repris le 11 février 1858. 

dIndy RibaudVincent d'Indy, jouant un Erard (Photo Ribaud)


Vincent a été élevé par sa grand mère. Ultérieurement sa grand mère, Comtesse, est signalée habitant 97 rue du Bac à Paris où Vincent a passé la plus grande partie de sa jeunesse. C'est pour le 96 rue du Bac qu'est commandé, le 22 novembre 1855, le piano droit au la, 3 cordes, en acajou à moulure, numéro 27594. Le paiement est prévu fin d'année 1856. 
Puis la Comtesse commande le 24 octobre 1859 toujours pour son hôtel de la rue du Bac un nouveau piano droit en acajou, numéro 31950, 7 octaves, modèle N°11. Ce dernier achat a été fait après une hésitation pour reprendre un piano à queue d'occasion, comme en témoigne une annulation dans le livre. En 1865, la famille déménage pour le 5 avenue de Villars à Paris, où Vincent passera le reste de sa vie. 
Le 24 novembre 1866 un piano droit numéro 39279 oblique, 7 octaves, modèle N°8 est vendu à Madame le comtesse d'Indy, 5 avenue de Villars à Paris. 
Le 20 octobre 1872 Monsieur d'Indy 5 avenue de Villars Paris acquiert un piano numéro 35216 d'occasion, oblique, N°8 palissandre. Est ce un renouvellement ou un piano supplémentaire (sa grand mère décéda en 1891). En tout cas, l'acquisition d'un autre N°8 montre que ce droit était apprécié. 
Il existe un grand nombre de photos de Vincent d'Indy au clavier d'un Érard notamment au conservatoire. consulter http://www.musicologie.org/Biographies/i/indy_vincent.htm 
Le 9 octobre 1878 achat d'un piano à queue N°1 remis à neuf, numéroté 26695 et reprise d'un N°2 acajou numéro 30023 par monsieur le baron (curieuse dénomination pour un comte) toujours 5 avenue de Villars Paris

ChabrierIndyAutour du piano, tableau de Henri Latour, 1885
Emmanuel Chabrier au piano. De gauche à droite : Adolphe Jullien (critique), Boisseau (violoniste à l'Opéra), Camille Benoit (historien d'art), Edmond Maitre (érudit), Lascoux (magistrat), Vincent d'Indy, A. Bigeon (romancier et critique) (Musée d'Orsay)

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d Indy Gigout Guilmant Rousseau 1903Jury de la section Musique Sacrée réuni en novembre 1903 autour de Vincent d'Indy au piano (Erard), pour le tournoi de la revue Musica. De gauche à droite : Arthur Pougin, Alphonse Hasselmans, Alexandre Georges, Albert Périlhou (penché), Samuel Rousseau, Gustave Lefèvre (derrière d'Indy), Eugène Gigout, Alexandre Guilmant (assis), Pierre de Bréville, Camille Andrès. (Musica, coll. D.H.M.)

 

Ernest Chausson (20 janvier 1855 – 10 juin 1899): il acquiert un piano à queue numéroté 50621, modèle 2 bis, noir destiné à l'hôtel particulier des Chausson au 22 boulevard de Courcelles à Paris.

Debussy (salon d'Ernest Chausson) 1893Debussy au piano (à identifier) dans le salon d'Ernest Chausson (au-dessus de lui) en 1893 - Wikipedia


Henri Rabaud (10 novembre 1873 – 11 septembre 1949) fait allusion dans un courrier à son piano droit Érard, et, en tant que directeur du conservatoire, il eut l'occasion d'y côtoyer des Érard.

Maurice Ravel (27 mars 1875 – 28 décembre 1937): Ravel pouvait- il faire autrement que de choisir un Érard ? En effet il fut élève de Fauré. C'est dans l'année suivant son mariage avec la maman de « Dolly » Hélène Bardac à qui Fauré avait dédié « Dolly suite », qu'il acquit son demi queue en 1909. Ravel fut fidèle à ce demi queue. De nombreux clichés devant son Érard témoignent de cet attachement à son instrument.

image004Ravel au piano (modèle n°1), 1912. Wikipedia/Bibliothèque Nationale de France


Jean Cras* (22 mai 1879 – 14 septembre 1932): il a reçu en cadeau d'Henri Duparc un quart de queue en mars 1906. A bord, il préférait utiliser un piano Pleyel à cadre métallique.

Arthur Honegger (10 mars 1892 – 27 novembre 1955) : il offrit pour ses nièces un piano droit Érard numéro 2905 de 1858 visible aujourd'hui au Musée Hector Berlioz à La Côte-Saint-André (Isère)

Henri Dutilleux (22 janvier 1916, 23 mai 2013) : il possédait un modèle O quart de queue à cordes croisées; plusieurs clichés en attestent.